On a souvent comparé la Guadeloupe à un papillon aux deux ailes dissemblables. L’une plate et les pieds dans l’eau, aux reflets de turquoise; l’autre montagneuse et envahie par la forêt tropicale, couleur émeraude. Là culmine la masse sombre de la Soufrière, un volcan à peine assoupi, au sommet envahi par les brumes et les fumerolles.
A Grande-Terre, le tableau est habituellement idyllique: sable clair et poudreux, ombragé par les grosses feuilles des raisiniers et léché par une mer tantôt lapis-lazuli, tantôt céruléenne. Face au village de Gosier, l’îlet du même nom vogue même sur un tapis d’aigues-marines. Une île? A peine. Une simple épave, une tache de sable blanc comme neige, posée sur la barrière de corail et colonisée par les broussailles, les palmiers, quelques flamboyants et un petit phare. Un coin pour Robinsons, à partager avec quelques Vendredis, l’espace d’un après-midi.
Au spot du Bois Jolan, à la sortie de Sainte-Anne, le paradis est piqueté de voiles, qui offrent leurs boudins au ciel. Tous les kiters s’y retrouvent pour glisser sur les alizés, entre décembre et juin. Au compteur: 15, 20, 25 nœuds, et parfois 30. Parfait pour tirer des bords. Pour la voltige, c’est remontée au vent, l’œil rivé sur le liseré blanc du récif où s’éclatent les vagues. A aborder avec précaution: il affleure souvent. Après la côte protégée, la côte exposée. Toute la moitié nord de Grande-Terre, cernée d’une palissade de falaises, est balayée durant l’hiver par une puissante houle venue du nord. Les bons jours, sur le spot du Moule, favori des compet’ de surf pour sa consistance, les rouleaux se creusent: 1,5 m, 2 m, voire 2,50 m par vent off-shore. Belle session en perspective. Les casse-cou locaux apprécient Caille Dehors, les autres la droite mythique de Port-Louis – la plus belle vague guadeloupéenne lorsque le swell débarque. Le mercredi, les eaux grouillent de kids pas maladroits.
Une réserve de la biosphère
Les deux ailes du papillon enserrent, au nord, une sorte de piscine géante: le Grand Cul-de-sac Marin, un lagon protégé par la plus longue barrière de corail des Petites Antilles. L’Unesco en a fait une réserve de la biosphère. C’est en kayak, au seul bruit des pagaies s’égouttant dans l’eau, que l’on s’y aventure, en quête d’îlots déserts, de bancs de sable où s’échouer, de récifs où plonger. Partout autour s’impose la mangrove, étrange forêt sur pilotis. L’étrave se glisse entre les racines aériennes des palétuviers comme dans un labyrinthe, cherche sa voie, la trouve, se perd encore et recommence. Soudain, un bruit de branche brise le silence, des ailes se déploient. Une frégate? Non, une aigrette ou un grand héron. Cap au sud. La mal nommée Basse-Terre, colossale feuille de papier froissé, qu’une seule route ose traverser, culmine en mornes chevelus colonisés par l’exubérance tropicale. Un parc national en protège l’essentiel. Là-haut, tout là-haut, trône la Soufrière (1476 m), l’un des neuf volcans actifs de l’arc antillais. Une route étroite monte à l’assaut, lacet après lacet, entre ravines (torrents) et fougères arborescentes. A 950 m d’altitude, voici les Bains Jaunes: un divin bassin alimenté par une source sulfureuse à 26°C. De là, la trace (sentier) se déroule entre fromagers et gommiers, avant de déboucher au pied du cône, où souffle un vent rafraîchissant. La sueur qui perlait au front sèche, des frissons courent sur l’échine. Au sommet, 1h30 plus tard, il fait même frisquet. Entre les aiguilles de lave et les nuages qui vont et viennent, la bouche béante du gouffre Tarissan laisse échapper des volutes de vapeur dans un bruit sourd de machine à laver.
De nombreuses autres traces (300 km dans le seul parc national) parcourent l’île. Connues, comme celles contournant le Grand Etang ou approchant des belles chutes du Carbet (110 m). Moins connues, parfois à demi-englouties, comme cette Trace Victor Hugues survolant les mornes centraux. Au programme: bourbier, arbres géants aux racines en pattes d’araignées, savanes d’altitude et vues panoramiques. Rien encore, pourtant, comparé à ce qui attend en juin prochain (le 11) les participants du mythique Volcano Trail, pour la 10e édition du Grand Raid: 51 km et 4000 m de dénivelé positif à s’enquiller! Départ à 5h, arrivée à midi pour les meilleurs… et minuit pour les derniers.
Ceux qui préfèrent barboter la jouent canyoning dans les ravines de la Côte-sous-le-vent. Descentes de gorges et de cascades en rappel, douché à loisir, sauts à gogo, baignade dans les vasques, toboggans naturels… Même pas froid: l’eau, couleur de jade, affiche une vingtaine de degrés. Un premier bain. Celle des plages de sable noir ou gris du littoral, où s’achève finalement le trip, grimpe à 28°C. Le pied!














