Il est écologique, ludique et parfois même chic, le carton. Dans les années 1970, l’architecte américain Frank O. Gehry le prouve en le faisant passer de la cave au salon. L’idée tient debout, tout comme les chaises, les tables et les fauteuils qu’il a imaginés ! Au fil du temps, le carton sort progressivement de sa boîte. Il se dévoile, se déballe. En 1993, il assoira un peu plus sa renommée grâce au fauteuil T.4.1 d’Olivier Leblois, vendu à plus de 150 000 exemplaires. « Manipulable, le carton est un peu notre béton de concepteurs. Plié en triangle, on en fait des poutres indéformables, qui résistent à 200 ou 300 kg ! En outre, le carton ondulé, parce qu’il contient de l’air, possède des qualités isothermiques qui en font une matière chaleureuse », aime à dire le Français. Un subtil mélange de légèreté et de robustesse qui n’a pas échappé à l’architecte japonais Shigeru Ban. Celui-ci a conçu, après le tremblement de terre de Kobe, en 1995, des maisons d’urgence nommées Paper Log House, principalement constituées de tubes en carton. Aujourd’hui, de nombreux « cartonnistes » – amateurs ou professionnels – continuent à surfer sur les petites vagues ondulées du carton. C’est le cas du Britannique Giles Miller, qui clame haut et fort sa passion pour ce matériau à la fois intelligent et contemporain. Interview de ce jeune designer de 28 ans, également prédestiné à faire un carton !
Giles Miller, vous travaillez le carton depuis 2006. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Ses ondulations sont très intéressantes, tant d’un point de vue structurel qu’esthétique. Et il y a également sa dimension écologique, puisqu’il est largement recyclé, et provient en grande partie de forêts gérées de manière durable, où, pour chaque arbre coupé, trois sont replantés. Quant au surplus de carton, il est directement recyclé.
Mais il y a tout de même des limites à son utilisation ?
Je me suis précisément donné pour mission de prouver que le carton possède un véritable potentiel, qui dépasse largement les idées reçues. J’ai par exemple réalisé un sac destiné aux ordinateurs portables, qui a été imprégné pour résister à l’eau. De plus, la durée de vie des objets en carton n’a rien d’éphémère. Prenez mon fauteuil « Pool rocker ». On peut le garder de très longues années sans qu’il ne s’abîme.
Vous n’êtes de loin pas le seul designer à utiliser le carton. Quelle est votre singularité ?
J’ai développé ma propre technique de cannelure, où je modifie l’angle d’ondulation qui traverse le carton, de sorte à obtenir des genres de dessins pixélisés. Mais je trouve génial de voir toujours plus de personnes utiliser le carton comme matériau, et j’espère que d’une certaine façon, je jouerai un petit rôle dans sa promotion.
Quelle est votre plus belle pièce ?
J’ai récemment entamé la création de revêtements muraux d’intérieur haut de gamme. Cela a commencé par une commande de la styliste Stella McCartney pour sa boutique parisienne. C’est pour l’heure ma réalisation la plus passionnante en carton, mais j’espère que d’autres créations tout aussi incroyables suivront dans un proche futur. Dans un même registre, mais avec un matériau différent, je dois accomplir un mur en laiton pour l’hôtel Ritz-Carlton de Singapour, et je suis en train de développer le même procédé avec de la céramique.
Au fait, obtenir un objet en carton signé Giles Miller, c’est hors de prix ?
Les prix varient beaucoup d’un objet à l’autre. Cela va de 28 livres (40 francs environ, ndlr) pour les objets que les clients doivent assembler eux-mêmes, comme la petite montre, à 1500 livres (près de 2 250 francs, ndlr) pour certaines commodes !
Poursuivez la découverte de l’univers tout en carton – mais pas seulement – du design Giles Miller sur son site:














